"Ca ira mieux demain, ou du moins je l'espère, parce que c'est déjà, ce que je me suis dit hier "
Bénabar
J'ai regardé la mer si longtemps que j'en ai eut mal aux yeux et au final je suis parti avec la même impression que celle avec laquelle j'étais arrivé. Le vide, le manque, l'absence. L'écume n'a rien comblé mais au moins elle n'a rien creusé, les vagues se sont succédées devant moi, se cassant contre des roches recouvertes par une fine couche d'algues. Je n'ai rien appris, j'ai laissé mon esprit voyagé aussi loin que possible mais il m'a rapporté des questions au lieu des réponses. J'étais là assis sur un vieux banc dont la peinture s'effritait, a regardé tantôt mes pieds tantôt la mer, n'ayant goût à rien, ni désir ni besoin, ni envie ni passion, un c½ur froid et amer battait lentement la mesure au rythme de l'écume qui frappait les rochers, un ½il terne et lent observait le tout passivement, se détachant de la réalité par le songe je m'évadais de rien pour aller nulle part.
J'ai lancé quelques pierres dans l'eau, je suis allé au bout de la digue, j'ai respiré l'air à plein poumons, j'ai observé le paysage qui se dessine au loin derrière la brume, je me suis assis sur le dossier du banc, les pieds sur l'assise, j'ai fait, il me semble, tout ce que j'ai pu. Mais je n'ai pas réussi à me sauver, pas réussi à me sortir de cet ennui. Resté bloquer au point mort je n'ai pas réussi à repartir. Cette excursion n'avait pas d'objectif mais au final elle n'a même plus de sens.
Je repars en traînant les pieds, usant des baskets qui ne m'ont rien fait, piétinant une terre qui m'accueille. Venu seul, je repars seul, mais les vagues ne s'arrêteront pas d'arriver, les nuages ne cesseront pas de défiler ; la terre tourne que l'on s'en soucie ou pas. Je n'ai rien changé au monde, je suis passé sans faire de marques, c'était un acte sans conséquences mais trop d'innocence efface l'utilité. Face à la mer j'ai réalisé que je n'avais pas peur de tomber dans l'oubli car le futur ne s'oublie pas, j'ai réalisé qu'il fallait être le metteur en scène de sa vie, pas le spectateur. J'ai donc pris conscience que regarder défiler les choses, les admirer, les décrire n'était pas suffisant il fallait les saisir, les manipuler, les modeler à notre guise car ceci n'est pas le monde ce n'est pas la vie, c'est notre vie, notre unique vie. Il faut se sentir vivant, il faut faire des choix raisonnés, fous, logiques, impulsifs ou irrationnels car plus l'expérience est grande plus l'avenir est large.
Sur le retour j'ai considéré ma vie, dans son ensemble, sa valeur, ses manques mais par-dessus tout son but que je cherche encore. Ca fait longtemps que je ne l'avais pas fait, à vrai dire je ne l'avais jamais fait avec autant de poids. J'ai remarqué alors, au delà des échecs et des victoires, que ce qui façonne l'histoire de la vie ce sont les personnages que l'on peut y rencontrer et les décisions impensables qui deviennent des évidences. Sans envie suicidaire aucune j'ai réalisé que la mort peut arriver à chaque seconde mais qu'elle ne valait pas la peine de s'en soucier car si je devais mourir à la seconde où j'écris ceci je mourrais heureux, je mourrais sans soucis, sans remords, je partirais au plus haut, c'est toujours mieux de quitter la scène au plus haut. J'ai réalisé que tout était entre mes mains et que même si je ne suis pas le héros d'une histoire, je dois être celui de ma propre histoire. J'ai approuvé :
« Je pense que le moment est venu de vous dire ce que j'ai appris, d'en tirer une conclusion. Et bien ma conclusion c'est que la haine est une saloperie, la vie est trop courte pour passer son temps à avoir la haine, ça n'en vaut pas la peine.
Derek dit toujours que c'est bien de terminer un devoir par une citation, il dit que quelqu'un a déjà du en faire une bonne alors si on ne peut pas faire mieux autant la lui emprunter. J'ai choisi celle-là et j'espère qu'elle vous plaira : « Nous ne sommes pas ennemis mais amis, nous ne devons pas être ennemi, même si la passion nous déchire elle ne doit pas briser l'affection qui nous lie. Les cordes sensibles de la mémoire vibreront dès qu'on les touchera, elles raisonneront au contact de ce qu'il y a de meilleur en nous » »
American History X
Fatigué, lassé, je me suis assis sur un rocher grisâtre. L'amour, le bien, le mal...j'ai arrêté de croire qu'il fallait y penser puis j'ai pensé qu'il fallait y croire. Parce que croire et s'imaginer est tout ce qu'il nous reste lorsque nous fermons les yeux, s'évader par l'esprit nous emmène plus loin que nous ne pourrions jamais voir parce que penser est là seule chose réellement libre et infinie. Alors les yeux fermés j'ai imaginé un monde où l'on ne pourrait voir, nous serions tous privés de la vue mais pas de la vie. Notre conception des choses, notre « vision » du monde seraient différentes mais en réalité le monde serait le même, notre perception changerait et notre vie toute entière serait modifiée dans un monde parfaitement identique. Lorsque j'ai rouvert les yeux j'ai aperçu des paysages pâles cachés par une monotonie ambiante, j'ai compris que bien que floue, imprécises et furtives mes pensées avaient été bien plus belles que cela, bien plus colorées et joviales. Ce n'était pas un autre monde mais une perception de celui-ci et un sentiment de réconfort m'envahit lorsque je réalisai que cela avait été ma perception, mon monde. On ne changera peut-être pas le monde, alors changeons notre monde.
Moi.